Tuesday, October 12, 2004

CHAPITRE 11

De notoriété publique , Paris était la plus désirable des villes. L’animation festive et les happenings culturels y étaient incomparables. Les municipalités successives l’avaient transformée en une mosaïque de charmants villages où il faisait bon flâner entre les spectacles de rue au profit du milieu associatif et les boutiques des créateurs en vogue. Les automobiles se raréfiaient, empêtrées dans un gymkana de boudins et de vessies que les planificateurs urbains, soucieux d’écologie et de développement durable, leur imposaient. On convertissait les places de parking en pistes de skate-board pour la jeunesse, les voies carrossables cédaient le pas aux rails des tramways respectueux du milieu ambiant. On inventait un ville sans véhicules particuliers, ce qui n’avait jamais existé depuis le néolithique.
Mais pour Hervé Berneuil, Paris était sinistre. Car il n’y avait pas de Madame Tran, ni aucun autre bordel, en vertu d’une loi selon laquelle la dignité de la femme vénale réside dans l’exhibition de son corps sur le trottoir plutôt qu’à l’intérieur d’une maison. On ne trouvait que des putains peu fraîches qui s’agglutinaient dans des rues tristes où rôdait la pègre, sous l’œil amusé et complice des patrouilles de police. C’était le lieu de toutes les arnaques, ces filles n’avaient aucune conscience professionnelle, elle emmenaient leurs clients dans des bouges malpropres, des piaules cafardeuses où l’on accédait au bout d’une cage d’escalier où traînaient des margoulins affalés sur le tapis délavé; après avoir empoché leur pactole elles se figeaient dans une pose aussi peu érotique que possible, le moindre mouvement, le moindre attouchement exigeait un salaire supplémentaire, et l’on avait envie que d’une chose, se rhabiller au plus vite et aller respirer le plus loin possible.
Celles-là avaient des boutons, des bourrelets mal placés, les poils de la chatte clairsemés, les seins pendants, ou monstrueux amas de saindoux ; d’autres les hanches étroites, des fesses d’homme, une bedaine de sénateur qu’une adroite nuisette avait dissimulée, ou encore un maquillage atroce, sans oublier les sexagénaires qui espéraient vous racoler en expliquant à quel point elles étaient vicieuses.
Il avait bien essayé une call-girl, trouvée sur Internet, tout ce qu’il y a de plus sélect et exigeante, réservée aux VIP, aux messieurs courtois et de haut niveau ; il avait claqué le tiers de son salaire pour une heure de plaisir médiocre avec une fille parfaitement ordinaire, quelque chose qui lui eût coûté deux bols de riz chez la mère Tran.
Il en était réduit à baiser sa femme, ce qui, au fond, n’était pas plus mal ; mais au fil du temps, comme les traces de sa boulimie sexuelle s’estompaient, elle montrait moins de désir, comme si ce n’était que les odeurs laissées par les autres femelles sur le corps de son mari qui l’attiraient, témoignages infaillibles de sa puissance et de sa fécondité.
En outre, les parisiens vivaient comme des rats. Les touristes, la jet-set, et la jeunesse désoeuvrée, qui dérivaient à la sutface, ne constituaient qu’une façade. La vraie vie parisienne se déroulait sous terre, dans le métro, sa grisaille humide et ses odeurs de bitume, d’urine et de caoutchouc brûlé. Ses mendiants, quand ils ne harcelaient pas les passagers de leurs discours rancis et leurs voix de fausset, dissertaient entre eux des multiples aides et allocations socialistes auxquelles ils pouvaient prétendre, comme de parfaits petits bureaucrates soviétiques, ou de parfaits lecteurs de la presse à combines qui fleurissait, pleine de promesses financières, aux étalages des kiosques. Les visages fermés, les corps tendus des passagers, se figeaient en une forteresse contre les agressions des sens et de l’esprit qui se cultivaient dans ce dédale pestilentiel. On avait supprimé la première classe, on ne pouvait plus prendre sa voiture, et des masses croissantes de citoyens devaient s’entasser une, deux, ou trois heures par jour dans des souterrains auxquels beaucoup des misérables habitants de la corne de l’Afrique eussent préféré une mort rapide. En haut lieu, on se félicitait de l’égalité et du brassage social qu’apportait l’hégémonie du transport collectif, tandis que les rats souffraient en silence, rêvant aux paradis caraïbes qui miroitaient sur les affiches géantes des voyagistes. Et le capitaine Berneuil vivait comme ces rats, contraint lui aussi d’emprunter le métro pour aller méditer huit heures durant sur le sens de la vie, planté devant quelque monticule artistique que le contribuable avait acheté à tel créateur bien accointé.
La virilité d’Hervé Berneuil se rétrécissait d’autant plus qu’au lieu de tuer des moudjahidines, il était désormais affecté à la protection d’objets aussi ineptes qu’encombrants. Et contre quoi ? Un improbable gang de turlupins masqués qu’on ne retrouverait sans doute jamais. Parce que des hommes politiques avaient un jour érigé, quand ? on ne s’en souvient même plus, ces objets ineptes et encombrants en emblème du lien social, nouvelle Iliade, nouvelle Enéide du nouveau monde égalitaire que construisaient les élites. Le capitaine n’avait qu’une envie : décharger le contenu de son fusil mitrailleur sur les masses de béton aussi informes que coûteuses dont il avait la garde.
En conformité avec la Théorie, Hervé Berneuil, frustré dans ses appétits – impossible de manger un bifteck décent, les viandes argentines et australiennes dont il se gobergeait à Djibouti ne pouvaient franchir le filtre déployé par « Bruxelles » -- sombrait dans l’apathie et montrait un désintérêt inquiétant pour le monde qui l’entourait.
Il y a du touriste dans tout militaire colonial. Le flingue rengainé, la porte du bordel refermée, il chausse ses lunettes de soleil, enfile sa chemise à fleurs, accroche son appareil photo autour du cou, et va chasser les images de carte postale comme le ferait n’importe quel retraité. Et, pour le militaire colonial familier du reg et du djebel, Paris était une destination touristique aussi exotique que les autres. Mais pour Berneuil dont la pyramide des besoins s’érodait à la base, elle n’était qu’une étuve grise et terne. Les animations festives avaient une saveur étriquée et convenue, comparées aux balles des djihadistes qui sifflaient aux oreilles. Les spectacles étouffaient dans un carcan gauchiste qu’il abhorrait. Il ne restait que la musique classique, mais il préférait les enregistrements que la toux constante des vieillards ne polluaient pas et les matches de boxe dont sa femme raffolait, mais qu’on n’organisait que dans des endroits sordides.
Il réagit avec une indifférence mêlée d’ennui quand sa femme lui apprit que son beau-père désirait le rencontrer. Il ne voyait pas ce qu’il pourrait dire à ce vieux soixante-huitard en fin de course. Il ne comprenait pas pourquoi celui-ci revenait sur le bannissement prononcé à l’encontre de sa fille. Sans doute la curiosité de voir à quoi ressemblait le père des petits enfants qu’il ne connaîtrait pas. Anne et lui n’eurent pas le courage de refuser au malade cette satisfaction, et ce fut par un après-midi pluvieux qu’ils gravirent le tapis fraîchement nettoyé de l’escalier en marbre de l’hôtel cossu où résidait son beau-père. Il y avait une lourde porte de chêne peinte de laque noire, un porte-parapluie en fonte, et un paillasson orné d’une image équestre de Jeanne d’Arc. Cette ambiance bourgeoise et poussiéreuse auréolait d’incognito la demeure de ce cadre supérieur de l’avant-garde artistique.
Félix de Rocquencourt, drapé dans une robe de chambre en tweed, les reçut dans un petit salon finement décoré de laque chinoise, avec des consoles rococo estampillées et une belle collection de porcelaines Ming. Anne s’assit sur un pouf Louis-Philippe, visiblement électrisée et décidée à rester muette. Rocquencourt leur servit un Cognac centenaire, qu’il gardait dans une carafe de cristal gravé. Son visage était impavide, marqué par la maladie, celui d’un homme qui peut se permettre une dernière trahison, parce qu’il sait que la poussière l’emportera comme le reste. Le capitaine Berneuil était le premier et le dernier animal exotique qu’il lui serait donné de voir, et la seule option pour se faire une idée de sa descendance transgénique et du cocon fascisant au sein duquel elle grandirait. Il attendait un crâne presque rasé, un corps de fauve, un regard où l’on ne pouvait lire que les instincts primaires, et sa première surprise fut que son gendre avait l’aspect d’un homme avec qui on pouvait prendre le thé ou deviser dans un des cabinets feutrés du ministère. C’était inquiétant : l’extrême-droite était une véritable cinquième colonne. On pouvait même imaginer que certains fonctionnaires dociles des Cultures Solidaires, qui applaudissaient aux initiatives les plus citoyennes, votaient en cachette pour la bête infâme.
Lui le maître du verbe, dont un discours bien senti obtenait n’importe quoi, pourvu que l’interlocuteur appartînt au milieu adéquat, restait interdit comme un petit garçon, le nez cloué dans son verre de Cognac. Berneuil, de son côté, était également surpris. Il attendait un vieux barbu bedonnant, avec peut-être une courte queue de cheval et un gros pull prolétarien, qui aurait vécu dans un capharnaüm où traînait de la littérature sociale en format de poche, au milieu d’art nègre et de camelote hymalayenne. Ou encore un intérieur techno-pop et cyber-branché, blanc et minimaliste, avec des néons chirurgicaux et des chaises en forme de nouille. Et ça sentait le dandy du dix-neuvième siècle, sans la moindre référence à la modernité, la chaîne hi-fi elle-même était camouflée par un exquis petit meuble Charles X. Il y tournait un rare enregistrement du Requiem de Liszt, peu propice à la conversation. En bonne logique, Rocquencourt eût dû se contenter de questions anodines sur la protection par l’armée du musée Walsung. Mais il n’avait plus de temps à perdre en fariboles, et…

9 Comments:

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FGS operates a business, which develops and delivers a variety of technology solutions, including biometric software applications on smart cards and other support mediums (apometric solutions). FGS's products provide biometric solutions for identity authentication and a host of smart card- and biometrics-related hardware peripherals and software applications. Apometrix, FGS's wholly-owned subsidiary, combines on-card or in-chip multi-application management solutions with best-of-breed 'in-card matching' biometrics. Keyvelop's secure digital envelope solution and Apometrix's on-card biometrics work together to produce the winning combination in the fields of security, traceability and identity management. FGS is headquartered in Fresno, California.
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