Tuesday, August 31, 2004

CHAPITRE 8

A cette époque, Belleville était le quartier des arts et de la culture. Cela n’avait pas toujours été le cas et cela changerait un jour. Artistes, créateurs, stylistes et plasticiens s’étaient regroupés autour du TNC (Théâtre National Citoyen). Là, à l’abri de la fibre de verre monumentale de Sung-Jun, ils avaient rénové de vieux ateliers et des friches industrielles, développant un art de vivre convivial et alternatif. Entre salons de coiffure « branchés » où l’on rasait les crânes créativement, les ponctuant parfois d’un tatouage, où l’on taillait les barbiches pour leur conférer une allure négligée, où l’on toilettait les dreadlocks en y laissant juste le nombre de puces qu’il fallait, et boutiques de fripes relaxes et festives, se nichaient de délicieuses galeries où les artefacts des plasticiens colportaient une critique fine mais implacable du capitalisme global.
Et puis ça vous avait gardé un air de vieux Paris, il y avait encore quelques clochards, des épiciers maghrébins, de vieux HLM tagués que le ministère des Cultures Solidaires avait fait classer et que l’UNESCO s’apprêtait à déclarer héritage de l’humanité, des petites gens qui roulaient en automobile et avaient des enfants, des familles africaines, toute une diversité colorée, magnifique source d’inspiration pour les jeunes créateurs férus de peuples premiers et de musiques du monde. Bien entendu cela allait disparaître, les artistes entraînaient dans leur sillage une bourgeoisie aisée et décontractée, les prix allaient monter, quelques faiseurs d’opinion réaliseraient de belles plus-values, mais quand le quartier serait un propret village aux rues piétonnes égayées de sages animations, alors les artistes, en vrais pionniers, iraient défricher une autre zone, qu’ils élèveraient à son tour au-dessus de la condition de dépotoir, et les plumitifs de Cyber-Art et d’autres revues se mobiliseraient une fois de plus, et il y aurait à nouveau quelques belles plus-values immobilières, jusqu’à ce que les épiciers maghrébins, les petites gens avec leurs automobiles et leurs enfants, et les clochards échouent dans les limbes urbaines, les pavillons préfabriqués qui bordaient l’aéroport de Roissy, les champs de betteraves des plaines picardes, un espace déstructuré irrécupérable, plan, informe, où tout vidéaste-plasticien eut crevé aussi vite qu’un poisson rouge dans un bocal d’eau du robinet posé sur le formica de la cuisine, où inonder Cyber-Art de panégyriques vibrants à l’adresse des tribus urbaines qui le lisaient ne suffirait pas à faire monter la rente foncière d’un seul centime d’Euro, car celle-ci y était irrémédiablement fixée par le prix du maïs et les aléas des subventions de « Bruxelles ».
Jean-Claude Verdot ne goûtait les privilèges de sa profession jamais tant que lors des premières du Théâtre National Citoyen. Sa voiture profitait même des rares emplacements laissés dans la rue par les planificateurs urbains – ceux qui bordaient le TNC étaient réservés aux représentants du ministère des Cultures Solidaires. Il y avait ce soir-là ceux qui se trouvaient là où il fallait, c’est-à-dire à l’intérieur du TNC, et ceux qui n’y avaient pu entrer à cause de l’insuffisance de leur condition sociale. Ecrivains, artistes, journalistes, hommes politiques, fonctionnaires influents du ministère, c’était une véritable élite du régime que l’on retrouvait aux premières, ; ceux qui décidaient, non pas de ce qui se faisait, mais de ce qui se disait, s’écrivait et se pensait, c’est-à-dire qui à l’âge numérique arbitraient de la forme du monde. Certes, la seule situation de Jean-Claude Verdot au ministère ne justifiait pas sa présence, mais Félix de Rocquencourt, qui nourrissait une aversion secrète pour le théâtre contemporain, envoyait ses subordonnés aux premières et l’honneur insigne de le représenter avait échu ce coup-ci à Verdot.
Le rideau s’ouvrit sur un homme nu, aussi nu que le décor, couché sur le dos, les yeux vers le plafond ; la salle se recueillit pour goûter ce silence abyssal voulu par l’auteur. Au bout de trois minutes, la copine de Jean-Claude réprima un bâillement. Il la fusilla du regard. L’homme se leva et se mit à courir lentement ; il décrivait un cercle et l’on distinguait le balancement de ses couilles en contrepoint de chaque foulée. Le projecteur changea de couleur, de gris il devint bleuté, un bleu pauvre qui rappelait l’uniforme d’un préfet. L’homme poursuivait sa course ; quelques mouvements d’impatience involontaires agitaient le public. Un critique effeminé, au premier rang, semblait au comble de l’extase. L’homme s’assit en tailleur à l’avant de la scène, défiant l’assistance de son regard vitreux. Le gland de son pénis traînait dans la poussière des planches, on l’imaginait mutilé par les échardes de ce bois grossier. Le projecteur était passé au vert, un vert pareil à ceux qui réglaient la circulation, et qui fut comme le feu vert de la première réplique. Comble de l’art, celle-ci fut couverte par le bruit d’un train qui passait, trouvaille géniale du metteur en scène, contempteur ingénieux du jeu d’acteur redondant.
Un autre personnage entra, en manteau de cuir noir. Ils s’exprimaient par bribes, les trains passaient, mais l’on comprit que le premier homme était emprisonné pour avoir eu des rapports coupables avec un adolescent. Il plaidait pour la liberté sexuelle de ces derniers, pour le démantèlement du carcan familial réactionnaire, pour la volupté homosexuelle, seul rempart contre l’oppression du capitalisme multinational.
C’était un texte fort intelligent, bien ficelé, qui montrait que la Culture savait frapper au cœur de la Cité pour y éclairer les grands débats de sa lumière humaniste. C’était un texte qui prouvait que, toute tolérante et libertaire que fût la société, il y avait toujours des frontières à déplacer, des discriminations insoupçonnées, des préjugés qui se nichaient même chez des hommes aussi ouverts que Jean-Claude Verdot, chargé de mission au ministère des Cultures Solidaires. Car même Jean-Claude Verdot devait s’avouer que cette apologie de la pédérastie le choquait, ou plus précisément « l’interpellait », extirpant de son être des résidus de morale bourgeoise rassise. Grâce à l’art théâtral, la catharsis opérait magiquement, Verdot se prenait de sympathie pour le plaidoyer de ce pédéraste qui se comparait à Dreyfus et Martin Luther King.
Le vocabulaire était décidément pauvre, la grammaire désarticulée. Cela procédait d’une recherche textuelle aussi bien que de la volonté que la pièce fût accessible aux jeunes des quartiers en difficulté. Il n’y en avait bien entendu aucun dans la salle, et aucun n’irait voir la pièce, mais l’auteur se conformait ainsi aux directives du ministère, ce qui avait facilité l’octroi d’une subvention. Et le public était content que le texte fût si démocratique, à la portée des exclus de la ploutocratie transnationale, car qui d’autre que le gouvernement pouvait prodiguer aux masses incultes les bienfaits des arts et des lettres ?
Que ces masses ne s’intéressent nullement à cette pièce, ni aux pièces du TNC en général, qu’elles fussent illettrées à cause des « dysfonctionnements » de l’Ecole gouvernementale, on s’empressait de l’oublier pour mieux savourer, grâce au mauvais français et à l’indigence de la syntaxe, la bonne conscience de l’acte généreux.
Le plaisir de Jean-Claude Verdot n’était bien sûr qu’indirect ; outre celui d’assister à une première au TNC et que ses amis le sachent, il jouissait d’adhérer au message social de l’œuvre, d’autant plus qu’il avait dû surmonter ses préjugés instinctifs. Car, sur le strict plan de l’agrément, la pièce n’en présentait aucun.
Absence d’intrigue, langue pauvre, diction sans intérêt, décors minimalistes, éclairages sous-marins, la vue, l’ouïe, l’intelligence étaient volontairement sevrées, pour faire place nette à la réalité sociale et sa dénonciation.
D’ailleurs, il faut l’avouer, la copine de Jean-Claude semblait s’ennuyer. Elle trépignait sur son siège. Non pas qu’une quelconque infériorité intellectuelle ou artistique l’eût empêchée d’apprécier la pièce, car les êtres étaient rigoureusement égaux, mais sans doute quelque scandaleux résidu d’inégalité tapi dans le système éducatif expliquait les insuffisances de sa formation. Car pour comprendre la création contemporaine, il fallait y être soigneusement préparé. Celle-ci ne s’adressait pas à l’homme naturel, hétérosexuel, individualiste, agressif, territorial, intrinsèquement inégalitaire et donc mauvais, mais à l’Homme Nouveau, débarrassé par l’éducation de ses mauvais instincts. Et la copine de Jean-Claude Verdot avait reçu une éducation incomplète, car elle était passée par une filière technique – les forces de progrès luttaient pour l’abolir mais le patronat s’y opposait – où la préparation à un métier l’emportait sur les disciplines citoyennes.
Pour ces raison, couvait en Jean-Claude l’idée semi-consciente que bien qu’elle fît très convenablement l’amour et se passionnât pour les bonnes causes, elle n’était pas tout à fait « sortable ». Elle n’aurait pu soutenir une conversation avec un Félix de Rocquencourt.
Pendant l’entracte, ils ressentirent une certaine gêne.
-Alors, ça te plaît ?
-Oui, oui…euh…oui.
-Une splendide épure, ne trouves-tu pas ?
-Ca veut dire quoi ?
Les lacunes de vocabulaire de sa copine agaçaient Jean-Claude. Elle lui demandait le sens des mots qu’il utilisait brutalement, comme si cela eût été grossier de sa part, et ne montrait pas l’humilité admirative et le désir qu’il l’élevât à lui, qu’on aurait attendu de la part d’un être sain.
-Une épure…cela veut dire épuré…pur, en quelque sorte…débarrassé des fioritures…une œuvre classique…sans concession…rugueuse…âpre…
Le sens précis du mot épure échappait aussi à Jean-Claude Verdot, c’était un mot qu’on utilisait dans le cercle de ses amis, son usage remontait à quelque professeur de culture générale de l’Institut d’Etudes Politiques, c’était une façon de dire que l’on était capable de formuler son propre jugement sur une pièce et de la louer pour ce qui ne s’y trouvait pas. Mais il n’y avait aucun lien entre la structure géométrique d’une épure et une quelconque idée associée à l’usage du mot dans ce contexte ; c’était en fait une manière sophistiquée, bien qu’incorrecte au regard de la langue, de dire que la pièce était « pure », parce que « pur » était un mot trop simple, mais aussi trop majestueux pour qu’on l’appliquât à une œuvre du TNC, cela aurait sonné bizarre et incongru ; « pur » suggérait « naturel », et le ministère des Cultures Solidaires et tous les autres ministères du gouvernement luttaient contre la nature humaine, qui était même, en quelque sorte, l’ennemi public numéro un. Donc, « épure », cela signifiait « pur », mais dans le contexte raisonné, construit, planifié et lisible, de la nouvelle culture solidaire. Cérébralement pur, politiquement pur, mais pas pur comme une source ou un taillis, et encore moins comme le galop de la panthère pourchassant l’antilope.
-Pour être rugueux, c’est rugueux, conclut sa copine, dont le regard osait lancer des éclairs d’ironie pétillante.
C’était horrible. Les lycées techniques faisaient décidément bien mal leur travail. Il y avait derrière cette remarque tout un gros bon sens bourgeois, voire paysan, et cela plongea Jean-Claude Verdot dans une profonde détresse. Il y avait une ombre à son bonheur. Sa copine faisait très correctement l’amour, ils avaient d’excellents orgasmes, leurs rapports sexuels étaient en parfaite conformité avec les normes enseignées à l’école – à l’exception peut-être d’un détail que nous aborderons au chapitre suivant ; mais on ne pouvait pas tolérer ce mépris buté pour une production que toute la critique, Cyber-Art en tête, reconnaissait comme exceptionnelle.
Ce fut donc de sombre humeur qu’ils allèrent se rasseoir au commencement du second acte. Mais celui-ci se révéla bien plus animé que le premier, sans perdre de son austérité âpre et rugueuse, grâce à une géniale trouvaille de mise en scène. Au fur et à mesure que se déroulait l’action, ce qui n’est qu’une façon de parler puisqu’il n’y en avait pas, un crescendo de bruitages évoquait de façon saisissante une émeute urbaine. Sirènes de police, explosions de cocktails Molov, flammes qui crépitent, foule courant dans tous les sens cris…Comble de l’art, une légère odeur de gaz lacrymogène flottait dans la salle. C’était maintenant de façon directe que la pièce agissait sur les esprits. On s’attendait à ce que les émeutiers fissent irruption sur scène et s’en prennent au pédéraste (dont les répliques étaient toujours régulièrement couvertes par des bruits de trains), cela introduisait une tension, une instabilité qui stimulait l’attention. Dans cette angoisse, les répliques prenaient un relief particulier, elles évoquaient la fragilité de la condition humaine, l’absurdité tragique que la mort confère à nos actes. Les rythmes cardiaques s’accéléraient, la copine de Verdot ne bâillait plus, les spectateurs se regardaient, incrédules, l’effet était particulièrement réussi, on vivait un grand moment d’Art, et personne ne s’y était attendu. Les critiques, assis au premier rang, griffonnaient fébrilement, tandis que les sirènes se faisaient plus oppressantes, que l’on entendait les pierres percuter les carrosseries et les explosions des lampadaires, et qu’une odeur de plastique brûlé se mêlait maintenant à celle de gaz lacrymogène. Ils allaient pondre des papiers colossaux, obtenir de leur patron un titre en première page, on rameuterait les foules, les cars scolaires, la pièce allait faire un triomphe…
Les bruits d’émeute s’éteignaient graduellement comme le second acte s’achevait. Les cris étaient plus espacés, les sirènes d’ambulances succédaient à celles des pompiers, des volets s’ouvraient, on entendait vaguement les bavardages des badauds…
C’est le sourire aux lèvres que le public sortit de la salle. Les gens étaient impatients de partager leurs impressions. On se regardait avec la connivence des élus. Pourtant, les exclamations qui provenaient du hall d’entrée exprimaient plus la surprise que l’admiration. Et quand Jean-Claude Verdot et sa copine traversèrent à leur tour, ils furent également surpris. Ils y avait des cars de CRS dans tous les sens. Ca et là, les véhicules et les poubelles brûlaient. Des blocs de béton, venus d’on ne sait où, parsemaient la chaussée. La magnifique verrière de Sung-Jun avait été réduite en miettes. Leur surprise fut encore plus grande quand, après avoir franchi quelques cordons de police, ils virent que leur voiture n’était plus qu’une carcasse fumante. Ils avaient pris pour un artifice de mise en scène, l’écho de l’authentique émeute qui avait éclaté aux abords du théatre. Sans doute des jeunes des quartiers en difficulté…
On ne savait rien de ce qui avait provoqué les affrontements. Les flics ne voulaient rien dire. La réprobation et la consternation se répandaient dans la foule des spectateurs, dont beaucoup avaient retrouvé leur voiture calcinée. Ils étaient contraints d’attendre sur le parvis que les autorités les prennent en charge. Le quartier était encore bouclé et le métro ne circulait plus.
-Tout de même, ils exagèrent, murmurait-on.
-On ne sait pas tout ce que ces jeunes ont vécu…
-La misère des quartiers…
-C’est sans doute encore une provocation policière…
-Qu’est-ce qu’on attend pour leur proposer des activités culturelles au lieu de les parquer dans des cités sordides ?
-Tant que le gouvernement n’appliquera pas une vraie politique de la ville, on n’a que ce qu’on mérite.
-Et il faudrait en finir avec ce satané conflit au Proche-Orient…
-Et avec toutes les discriminations, ma petite dame !
-Sans compter le poids des guerres coloniales…
-…l’exclusion…l’échec scolaire…qui sont tant porteurs de souffrance…
-Mais qu’est-ce qu’ils font, on ne va pas rester plantés là toute la nuit ?
-Si ces salopards d’assureurs vous remboursent votre voiture à la moitié du prix de l’Argus, vous aurez bien de la chance.
-Qu’est-ce qu’ils attendent pour construire des logements sociaux ?
-Pour mettre en place une allocation d’insertion ?
-Et la prison, Monsieur ! Vous oubliez la prison ! Alors que tous les psychologues…les études les plus sérieuses…ont incontestablement démontré…qu’un suivi psychologique personnalisé…accompagné par une ambitieuse politique de réinsertion…
-…A croire qu’ils attendent que tout ait brûlé pour renforcer les programmes d’éducation citoyenne…
-« Ils » n’ont jamais fait de politique de prévention, alors après qu’ »ils » ne viennent pas se plaindre…
-Ils n’ont qu’à arrêter de harceler les jeunes !
-On devrait interdire à la police de s’en mêler. Il y a les médiateurs, les comités de quartier…

Seule, dans son coin, Nicole Michaud, qui avait payé sa place au poulailler par de longues heures d’attente, se taisait. Elle n’était pas contente. Sa voiture n’avait pas brûlé, car elle n’en possédait pas. Elle n’avait jamais pu retenir la formule de la distance de freinage ni la longueur de l’intervalle qui sépare deux traits blancs sur une route départementale, en conséquence de quoi on l’avait jugée inapte à la conduite. Elle pensait que son aptitude à se déplacer dépendait du bon vouloir des jeunes des quartiers sensibles, de même que les habitudes des dealers régissaient les itinéraires compliqués qu’elle empruntait pour quitter son quartier. Elle se demandait quel rapport il pouvait y avoir entre le champ de ruines qui s’étendait sous ses yeux et les pieux préceptes républicains qu’elle avait enseignés pendant trente ans. Et aussi comment tant de doctes esprits avaient professé qu’il suffisait, pour que tout s’arrangeât, de répliquer à l’infini la grisaille absconse des centres culturels et des pièces telles que celle qu’elle venait de subir, si désespérément identique à tout ce qu’elle avait ingurgité depuis le début de son odyssée culturelle.
Nicole Michaud avait perdu ses défenses. La nature humaine reprenait le dessus. Un irrépressible sentiment de révolte couvait en elle. Elle avait besoin d’un sérieux suivi psychologique.

3 Comments:

Blogger Themistocle said...

Milles bravos!! Tu nous auras fait languir mais c'est pour moi ton meilleurs chapitre...trouves vite le temps de nous taper les trois suivants!

12:28 AM  
Blogger Stéphane said...

C'est effectivement très bien, bravo pour l'apparition des dialogues!

(Ah aussi, vous parlez de coktails Molov, je pense que vous vouliez dire Molotov ..?)

12:27 AM  
Blogger Me!! said...

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5:02 AM  

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